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Je suis née sur l’île de Rozenburg, enclave battue de vent au cœur du port de Rotterdam, cerclée de raffineries, de pétroliers géants, de grues dressées comme des cathédrales, sous les torchères qui brûlent des nuits sans sommeil.

 

Dans ce pays qui, depuis des siècles, vit de la mer et lui tient tête, j’ai appris la ferveur du large et la patience des digues.

 

En 1953 eut lieu la Watersnoodramp. Une marée de tempête déchira les digues de Zélande, de Hollande-Méridionale, de Brabant-Septentrional ; l’eau prit 1 836 vies, emporta des maisons entières, contraignit près de 72 000 âmes à l’exil.

 

De ce désastre naquit le titanesque Deltawerken, ouvrage démesuré courant derrière la montée inéluctable de la mer, cette mer qui, jour après jour, menace ma terre natale.

C’est de l’accumulation d’oxymores qu’est né Water in Fire : la beauté violente des usines, la force fragile des digues, la lumière noire des torchères, le silence tonitruant des chantiers, la mer domestiquée qui demeure indomptable, l’eau en feu. 

De ces contraires, une évidence : la grâce existe aussi dans le heurt.

Pour donner à voir ces paradoxes qui me hantent, j’ai franchi la lisière de la photographie. J’ai voulu l’image qui bouge, l’image qui respire, pour affirmer ma confiance dans sa force, sa puissance, sa poésie. Revenir aux sources du cinéma : des images sans paroles laissant à l’imagination sa part souveraine.

Apolline, l’héroïne de Water in Fire, vit un parcours initiatique, une catharsis onirique, en empoignant ces oxymores de feu, d’eau, de métal, de vent. Elle s’y perd, en éprouve le paroxysme, gravit les cercles de l’enfer, puis se trouve enfin transportée dans un monde où ne règnent plus que la terre, l’eau et le vent, dévoilant toute leur puissance.

 

Un château pour seuil.

Des vigies pour repères.

La mer pour horizon.

La mer comme épreuve.

Des créatures, étranges et inouïes, pour passeurs.

Ouvrir le royaume en elle.

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